MON ANALYSE SUR LA SITUATION À MADAGASCAR
(Par le président de l’association, M Michel NAETS janvier 2026)
Pour répondre aux nombreuses personnes qui m’ont demandé mon point de vue sur la situation à Madagascar, que j’ai vécue de l’intérieur, je souhaite partager ici mon analyse.
Celle-ci demeure strictement personnelle. Elle ne constitue en aucun cas une prise de position officielle, un jugement, ni des conseils ou des leçons à donner, mais uniquement un regard fondé sur une expérience vécue.
S’agissant de la situation à Madagascar, mon analyse des événements survenus durant mon séjour reste prudente mais clairement préoccupée. Ce que le pays a traversé ces derniers mois dépasse largement une simple crise conjoncturelle : il s’agit, à mon sens, d’une crise structurelle profonde mêlant gouvernance, légitimité politique, fracture générationnelle et épuisement social.
Les mobilisations initiées par la génération Z ne relèvent pas d’un mouvement spontané isolé, mais traduisent un ras-le-bol accumulé depuis plusieurs années.
Les revendications autour de l’eau et de l’électricité n’étaient que le catalyseur visible d’un malaise bien plus large. Dans un pays où l’accès aux services essentiels devient aléatoire, l’État a progressivement perdu sa crédibilité auprès d’une jeunesse instruite, connectée et beaucoup moins disposée que les générations précédentes à accepter la résignation comme mode de gouvernance.
La dégradation des conditions de vie — délestages chroniques, pénuries d’eau, inflation latente, logements insalubres pour les étudiants — a créé un terreau explosif. Les coupures d’électricité répétées, notamment dans les grandes villes, ont eu un impact direct sur l’éducation, l’hygiène et la sécurité, renforçant le sentiment d’abandon par les autorités publiques.
Ce qui devait être une contestation sociale structurée a cependant basculé dans une spirale de violence, révélatrice des fragilités de l’appareil étatique. La transformation d’un mouvement pacifique en chaos meurtrier pose la question de la gestion politique et sécuritaire de la crise. Elle interroge également les stratégies de certains acteurs du pouvoir, soupçonnés d’avoir laissé — voire favorisé — des dérives afin de délégitimer la contestation et justifier un recours accru à la force.
Dans ce contexte, l’intervention de figures militaires opposées au régime, et notamment du colonel Michael, a constitué un tournant majeur.
Son positionnement en soutien aux manifestants a été perçu par une partie importante de la jeunesse comme une rupture avec les pratiques répressives habituelles. Cela lui a conféré une légitimité populaire fondée moins sur un projet politique clair que sur une opposition frontale à l’ordre établi.
Toutefois, cette légitimité reste fragile. Elle repose davantage sur un rejet du système précédent que sur une adhésion réelle à une vision de gouvernance alternative. La transition qui s’est mise en place apparaît dès lors comme un compromis instable entre différentes forces militaires et institutionnelles, soucieuses à la fois de conserver une reconnaissance internationale et d’éviter un effondrement total de l’État.
La décision de la Haute Cour constitutionnelle de qualifier la situation comme un abandon de pouvoir plutôt qu’un coup d’État relève avant tout d’une stratégie juridique et diplomatique. Elle permet de préserver les relations internationales, l’aide extérieure et les partenariats, tout en donnant une façade de continuité institutionnelle. Dans les faits, le pouvoir semble aujourd’hui exercé de manière collégiale, diluant les responsabilités et rendant la lisibilité politique particulièrement complexe.
Les premières mesures du gouvernement de transition vont clairement dans le sens d’un apaisement social : amélioration relative de l’approvisionnement électrique, stabilisation des prix des produits de première nécessité, primes versées aux fonctionnaires, réduction des contrôles routiers abusifs, lancement de travaux d’infrastructures. Ces décisions répondent à des urgences réelles, mais elles restent essentiellement correctives et conjoncturelles.
La question centrale demeure celle de la durabilité de ces mesures et de la capacité réelle de l’État de transition à engager des réformes structurelles profondes. La récupération d’avoirs financiers détenus à l’étranger par d’anciens responsables politiques et économiques constitue un signal fort, mais elle devra s’inscrire dans une véritable politique de lutte contre la corruption, et non dans une logique de règlements de comptes ciblés.
La génération Z, moteur de la contestation, ne se satisfait plus de symboles ni de promesses. Elle observe, analyse et juge les actes. Sa vigilance permanente constitue à la fois une force démocratique nouvelle et un facteur d’instabilité potentielle si les engagements pris ne sont pas respectés. Le risque d’un nouveau mouvement de contestation reste réel, d’autant plus que la transition actuelle repose sur des équilibres fragiles et des alliances circonstancielles.
À mon sens, l’enjeu des prochains mois sera déterminant : soit cette transition parvient à instaurer une gouvernance plus transparente, plus inclusive et tournée vers le long terme, soit elle ne sera qu’une parenthèse avant une nouvelle crise politique.
Pour nous, associations œuvrant sur le terrain, cette période est également charnière. Les engagements pris avec les ministères de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle devront impérativement se traduire en actions concrètes. Sans résultats visibles, le fossé entre discours institutionnel et réalité du terrain continuera de se creuser.
Je reste donc à la fois prudemment optimiste et profondément vigilant. L’histoire récente de Madagascar nous a appris que les promesses, aussi nombreuses soient-elles, ne valent que par leur mise en œuvre.
L’avenir nous le dira.
Bien amicalement,
Michel NAETS
Actualité à Madagascar et conséquences pour notre association
octobre 2025
De tragiques événements secouent actuellement la Grande Île, au moment même où nous mettons à jour notre site.
Alors que deux missions de l’Amicale Razanamanga doivent prochainement se rendre à Madagascar, un vaste mouvement de contestation, initié par la Génération Z (GEN Z), a éclaté pour revendiquer des droits fondamentaux : l’accès à l’électricité et à l’eau.
Ce qui devait être une manifestation pacifique a rapidement dégénéré après l’intervention des forces de l’ordre, qui ont eu recours à des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et même des tirs à balles réelles. Selon les chiffres de l’ONU, ces violences auraient causé la mort de 22 personnes.
La mobilisation, qui touchait plusieurs grandes villes de l’île rouge le jeudi 25 septembre, s’est depuis concentrée principalement sur Antananarivo. Dans la nuit du jeudi au vendredi, des pillages et saccages organisés ont visé plusieurs commerces de la capitale et d’autres grandes villes. Le collectif GEN Z a immédiatement condamné ces actes, précisant que nombre de leurs auteurs auraient été manipulés et payés par des instances cherchant à discréditer le mouvement afin de justifier la répression.
Sous la pression populaire, le président Andry Rajoelina a annoncé, le 29 septembre, le limogeage du Premier ministre et la dissolution du gouvernement. Mais la défiance reste forte : une partie de la population réclame désormais la démission du président lui-même, rappelant que son arrivée au pouvoir en 2009 s’était déjà déroulée dans un contexte similaire de crise politique.
Conséquences pour notre association
Conformément aux consignes de prudence données par l’Ambassade de France à Madagascar et face à une situation encore instable, certains membres de notre association, qui devaient accompagner le président lors du départ prévu le 6 octobre, ont choisi de reporter ou d’annuler leur mission. D’autres préfèrent attendre l’évolution des événements avant de prendre une décision.
Nous espérons de tout cœur que le pays retrouvera rapidement la sérénité et que des réponses concrètes seront apportées aux revendications légitimes de cette jeunesse dont la colère exprime avant tout un profond désir de justice et de dignité.
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Le 7 décembre 2019, le quotidien l'EXPRESS de MADA consacré un article aux actions de l'association Amicale RAZANAMANGA
ACTIONS MENÉES DANS LA RÉGION DE
FATOVAVY-FITOVINANY,
CÔTE EST DE MADAGASCAR EN 2019
Message de remerciement reçu d’une jeune étudiante que nous aidons depuis 2018 pour préparer un MASTER en Management.
SOMBI et son frére ZO lors de la remise d'un ordinateur portable en 2019
SOMBI est la fille du Docteur Marcellin que nous avons connu au début de nos missions à Fiadanana en 2007. Il est décédé en 2009 alors qu’il exerçait toujours. Ce fut le dernier médecin de ce village…
L’association Amicale RAZANAMANGA a aidé sa veuve et ses 4 enfants. Nous avions déjà financé les études supérieures de son frère ainé, ZO. Il a passé un master en informatique et télécommunication avec option de Génie logiciel et intelligence Artificielle. Il travaille aujourd’hui pour une grande entreprise d’ANTANANARIVO et pour aider leur maman, il prend en charge une partie des études de sa sœur et de ses deux petits frères.
Message reçu de SOMBI reçu le 30 octobre 2021 :
C'est le cœur comblé de bonheur que j'ai reçu mon relevé de note hier, et le cœur comblé de fierté que je vous annonce que je passe en Master 1 .
L'éducation, c'est le plus riche cadeau que vous m'aviez offert. C'est plus que je ne pourrai jamais vous offrir, alors au moins...Merci infiniment !
L'année universitaire 2021-2022 commence qu'en début janvier.
Je vous envoie ci-joint l'image de mes notes.
Et dans l'attente de vous revoir très prochainement.
A bientôt.
